I.C.B.M.

Institut des Civilisations du Bassin Méditerranéen et du Moyen-Orient

Jeudi 10 mai 2007  :          Les grandes dynasties berbères d'Afrique du Nord

                                         (histoire, chefs, réalisations, rapports avec le monde andalou)

                                  (Hazem El Shafei) - projections

 

 

 

 

 

Même si on ne sait que peu de choses d'eux, les Berbères occupent depuis près de cinq mille ans un territoire allant de la frontière égypto-libyenne à l'Atlantique et des côtes méditerranéennes au Niger, au Mali et au Burkina.

 

Supportant mal l'arrogance des fonctionnaires de l'Empire Byzantin, bien des régions du Maghreb accueillirent avec soulagement l'indépendance financière et commerciale apportée par l'islam. D'autant que les conquérants manquaient de cadres administratifs qu'ils allaient trouver dans les populations autochtones.

Mais l'implantation arabe fut longue et difficile, se heurtant à l'opposition tenace des tribus berbères qui - bon gré mal gré - finirent par se convertir. Sans savoir que les dynasties issues de leur sang allaient offrir au Maghreb quelques uns de ses plus glorieux chapitres.

 

 

 

Les Almoravides (1062-1147)

 

Au XIe siècle, des moines guerriers de la tribu berbère des Sanhadja (nomadisant dans le Sahara, entre Sénégal, Niger et Sud marocain) allaient, en quelques années, se rendre maîtres de la moitié du Maghreb et répandre leur conception d'une stricte foi islamique.

Leur progression est rapide : Sijilmassa (1055), cœur du commerce caravanier et transsaharien ; Taroudant (1057) capitale du Sous ; Fès (1069). Marrakech est fondée en 1062 par Abou Bakr.

Les Almoravides (al-Mourabitoun = gens des ribats, couvents fortifiés) allaient régner jusqu'en 1147.

Réalisant pour la première fois l'unification des terres marocaines (1083), Youssef ben Tachfine est considéré comme le fondateur et père du Maroc. Appelé en Espagne par les princes musulmans des reyes de taifas, principautés indépendantes menacées par la Reconquista, il rétablira l'unité de l'Espagne musulmane après avoir battu Alphonse VI à Zallak (1086). Valence est prise en 1102.

A la mort de son fils Ali, le royaume se disloqua et en 1147, les Almohades s'emparèrent de Marrakech.

Champions d'un islam austère, les Almoravides protégèrent la culture de l'Andalousie musulmane et la diffusèrent au Maghreb. La multiplicité des ces influences (andalouses, marocaines et sahariennes) conduit également à une renaissance artistique.

Abou Bakr, fondateur de Marrakech, étant parvenu jusqu'aux rives du Sénégal, les caravanes purent introduire l'ivoire et l'or d'Afrique noire. L'axe nord-sud libéré, les échanges commerciaux s'amplifièrent, garantissant la prospérité économique.

 

 

 

Les Almohades (1147-1269)

 

Au XIIe siècle, Muhammad ibn Tumart, réformateur berbère du Haut Atlas, prêche le retour aux sources religieuses de l'islam, reprochant aux Almoravides d'avoir délaissé l'étude du Coran pour un juridisme excessif. Il organise sa communauté militaire et religieuse autour d'un islam austère et rigide et, en 1121, se proclame mahdi.

Abou Yousouf Yakoub Al-Mansour, qui prend le titre de "Commandeur des Croyants", réalisera l'unité d'un immense empire. Unité certes éphémère mais laissera son empreinte dans la tradition du Maghreb.

Après un siècle d'existence, les Almohades connurent des défaites en Espagne et dans le Maghreb oriental. Mekhnès, Fès, Rabat puis Marrakech tomberont à leur tour.

Cet empire - trop vaste, donc ingouvernable - englobait l'ensemble de l'Occident musulman (Maghreb jusqu'à la Tripolitaine, Espagne musulmane par la prise de Cordoue en 1148 et de Grenade en 1154).

Mais l'émiettement de l'empire sonnera le glas de la dynastie almohade. La puissance almohade commence à décliner après la bataille de Las Navas de Tolosa (1212) contre les armées de Castille, d'Aragon et de Navarre. En 1236, Cordoue, ville symbole de l'islam espagnol, se rend tandis que les dissensions s'aggravent, devant les velléités d'indépendance de certaines provinces et l'émergence de dynasties locales (Hafsides à Tunis, royaume de Tlemcen, Mérinides installés à Fès)

Au plan culturel, les austères guerriers goûtent rapidement au luxe de l'Andalousie et la cour almohade renoue avec la tradition intellectuelle et artistique de l'Espagne musulmane, développant une architecture sobre et majestueuse (minaret de la Koutoubia à Marrakech et Giralda à Séville).

Pour la première fois, l'empire est pacifié et prospère. C'est un âge d'or intellectuel et artistique, les princes s'entourant d'une cour où brillent les plus grands esprits de tout l'Occident musulman (Averroès, Maimonide).

 

 

 

Les Mérinides (1269-1465)

 

Nomades originaires des hauts plateaux du Maroc oriental, les Beni Merin étendirent leurs pouvoirs à la suite des Almohades dont l'empire se désagrégeait. Une nouvelle capitale, Fès Djedid, est fondée en 1276 par Abou Youssef Yakoub. Grand défenseur de l'orthodoxie religieuse, il entreprit la construction de nombreuses mosquées et médersas, foyers intellectuels dont l'importance ne fera que grandir. Ces universités coraniques témoignent également d'un art nouveau : l'art hispano-mauresque, dont le degré de raffinement caractérise la période mérinide. Grenade, sauvée, connaît son âge d'or.

Abou el Hassan, troisième et plus valeureux des souverains mérinides, contrôlera l'empire de 1331 à 1349. En 1347, il parvient à reconstituer un empire berbère s'étendant de Tunis aux rivages de l'Atlantique. Son fils Abou Inan perd Algérie et Tunisie. Après sa mort, en 1358, le pouvoir s'affaiblit, victime de luttes intestines, et le Maroc se replie sur lui-même.

 

 

 

Les Wattassides (XVème siècle)

 

Après avoir régenté les Mérinides, les Wattassides les supplantent en 1472.

Au même moment, l'Europe est prise d'une fièvre conquérante : les Portugais s'emparent de Ceuta (1415) et de Tanger (1471) et créent bientôt des comptoirs sur la côté atlantique. Grenade reconquise (1492), les Espagnols s'installent à Melilla (1497). C'est alors que naît un mouvement de résistance nationale cimentée par l'idée de guerre sainte. Un pouvoir chérifien prend une importance croissante et donnera naissance à la dynastie des Saadiens (1572-1603).

 

 

 

Les Saadiens (XVIe-XVIIe siècle)

 

Originaires de la vallée du Draa, les Saadiens éliminent les Wattassides et préservent une indépendance menacée par les royaumes européens et la Sublime Porte. Partis de Taroudant, ils occupent le Sous, Marrakech et Fès, reprennent certains comptoirs aux Portugais puis conquièrent Tombouctou.

Devenue leur nouvelle capitale, Marrakech s'enorgueillit bientôt d'une cour brillante et riche en créations artistique (palais el Badi). A la mort de Ahmed Al-Mansour (1603), le chaos s'installe et les confréries deviennent de plus en plus influentes. Le pays sera divisé en plusieurs principautés qui vont s'affronter jusqu'à l'avènement de la dynastie des chérifs alaouites, au milieu du XVIIème siècle.

 

 

 

Les Alaouites

Originaires du Tafilalet des descendants d'Ali, les Alaouites fonderont au XVIIe siècle une dynastie qui règne encore aujourd'hui sur le Maroc.

Moulay Ismaïl (1672-1727), le souverain le plus célèbre de cette dynastie, réorganisa le Maroc après avoir pacifié les tribus rebelles et vaincu chrétiens et ottomans. Roi bâtisseur, il fonda Mekhnès et y installa sa capitale, affermissant ainsi le pouvoir central.