I.C.B.M.

Institut des Civilisations du Bassin Méditerranéen et du Moyen-Orient

Jeudi 22 février 2007 :  Les temples oubliés des oasis égyptiennes du désert libyque

(Hazem El Shafei) - projections

 

 

 

Dans un univers minéral et aride, aux dunes mobiles et aux reliefs lunaires, s'égrènent les oasis du désert libyque, en une ligne presque parallèle au cours du Nil, si l'on excepte Siwah située plus à l'ouest. Oubliés des grandes marées touristiques, ces îlots de verdure renferment des sites archéologiques d'une exceptionnelle beauté qui commencent à peine à révéler toutes leurs splendeurs.

Poches de civilisation au cœur d'une nature hostile, les oasis ont été de tous temps des haltes sur le chemin des caravanes transportant ivoire, ébène, peaux de panthère ou esclaves sur la "piste des quarante jours" venant de Tombouctou.

Dans ce "coin perdu" de l'Égypte éternelle, plus de 2000 ans d'histoire vous attendent !

 

Ses lacs salés et ses 300 sources d'eau claire ont fait de Siwah "la lointaine", la plus occidentale des oasis égyptiennes, un lieu d'exception. Si l'on en croit les historiens classiques, l'antique Shali se trouvait à douze journées de marche de Memphis, à dix journées de Thèbes et à cinq journées d'Apis.

 

Cette oasis était fort riche et célèbre. C'est là que siégeait l'oracle d'Ammon, dieu-bélier lié au culte de la fécondité qui, bien que quelque peu assimilé à Amon l'Égyptien ou à Zeus, garda longtemps sa puissance et son mystère. Nombreux furent les voyageurs qui vinrent consulter l'oracle : Sémiramis y apprit qu'elle quitterait cette terre et serait changée en colombe ; Crésus voulut savoir s'il serait victorieux contre les ennemis menaçant son territoire ; Hannibal ; Ptolémée Ier….

La liste est longue. Mais le visiteur le plus célèbre fut sans conteste Alexandre le Grand. Après avoir erré dans le désert, il ne dut son salut qu'à une pluie providentielle qui le sauva d'une mort certaine. Suivant les oiseaux - qui de toute évidence connaissaient la route bien mieux que lui -, il arriva enfin au temple de l'oracle pour apprendre qu'il n'était pas le fils de Philippe mais de Zeus ! Légende ? Peu importe…… L'Histoire écrivit la suite.

 

 

De luxuriantes palmeraies jalonnent l'oasis de Baharyia, aux innombrables sources chaudes. Réputée depuis le Moyen Empire pour ses vins….. et ses dindes, "l'oasis du Nord" - Ouhat Mehet - ne fut fermement rattachée au pouvoir central qu'à partir du Nouvel Empire puis développa de fécondes relations avec la colonie grecque de Cyrène. Il est encore possible d'y voir les vestiges du temple d'Amasis, du temple d'Alexandre et la chapelle d'Apriès.

 

 

Kharga, la plus riche et la plus vaste des oasis du désert libyque, était pour Hérodote "l'île des Bienheureux".

Ancienne halte des caravanes et marché d'esclaves, "Ouhat Resyt", l'oasis méridionale des Anciens, était l'artère marchande du désert. Elle fut le centre d'une région fort prospère, tirant ses ressources d'une remarquable mise en valeur de la terre et du contrôle du commerce caravanier avec le pays de Koush, aux confins du Soudan.

C'est surtout à la Basse époque et lors de la domination romaine que cette prospérité se traduisit en réalisations architecturales : temple romain de Nadura, temple perse d'Hibis, temple d'Amenebis, temple de Dush.

Il semble que, dès le règne de Thoutmosis III ou peut-être bien avant, Kharga ait servi de lieu d'exil pour tous ceux qui étaient devenus indésirables pour le pouvoir central. Fonction qu'elle garda au fil des siècles, jusqu'à nos jours.

En 525 av. J.-C., l'Égypte, conquise par Cambyse, devient une province de l'empire achéménide. Pourtant, c'est précisément aux Perses que les oasis doivent l'introduction des qanats, dont certains existent encore dans le désert. Ce système de récupération de l'eau aura des conséquences importantes et durables pour les oasis, en permettant la mise en culture de superficies considérables.

 

 

Entre ciel et sable, les oasis échappent au temps en maintenant la culture ancestrale de leurs terres maraîchères et de leurs palmiers dattiers, en une lutte perpétuelle contre le désert qui, en bien des endroits, reprend ce qui lui a été arraché. Nul ne sait de quoi demain sera fait et pourtant… les habitants des oasis maintiennent avec fierté une certaine qualité de vie et un patrimoine qui a su traverser les siècles, en dépit de toutes les vicissitudes.