I.C.B.M.

Institut des Civilisations du Bassin Méditerranéen et du Moyen-Orient

 

 

 

 

 

Jeudi 1er février 2007 : Du Caire à Istanbul : deux phares au cœur de l'Orient

(Hazem El Shafei) - projections

 

 

 

 

Cités surgissant d'un passé mythique, héritières de Rome et des Pharaons, Le Caire et Istanbul ont vu, dans leurs murs, se croiser et s'affronter Orient et Occident, islam et chrétienté, en un perpétuel mouvement de balancier.

 

 

Le Caire, qui fêtait son millénaire en 1969, fut entre le XIe et le XVIIe siècle l'une des villes les plus riches du monde, un grand centre du commerce international, remplaçant Bagdad.

 

 

Au moment de l'invasion arabe vers 640, Memphis et Héliopolis n'étaient plus qu'un souvenir et Alexandrie régnait sans partage. Mais le delta, région la plus riche du pays, ne pouvait être franchi que par l'une des ramifications du Nil, seul lien entre la Haute Égypte et la Méditerranée.

 

A l'issue d'un siège de courte durée, l'ancienne forteresse fut prise par les Arabes, conduits par Amr ibn el-As qui fonda El Fustat. A l'origine simple campement pour les troupes, El-Fustat devint pour plusieurs siècles le centre d'un vaste réseau commercial s'étendant de l'Espagne à la Chine. En devenant capitale El Fustat prit le nom de Misr-Fustat.

 

Venus de Tunisie au Xe siècle pour conquérir l'Égypte, les Fatimides fondèrent, au nord d'El Fustat, El Qahira, où s'installèrent les dignitaires du nouveau régime. Ce quartier fortifié hérita du rôle économique tenu par El Fustat et devint bientôt une plaque tournante du commerce, spécialisée dans les échanges de produits de luxe venus d'Orient.

 

Les Abbassides ajoutèrent un nouveau quartier à la ville, El Azhar, habité par des gouverneurs, dont le plus célèbre fut Ibn Touloun qui s'émancipa de la tutelle de Bagdad. Redevenue indépendante pour la première fois depuis la conquête romaine, l'Égypte allait bientôt reconstituer un empire. Pour marquer l'entrée dans une ère nouvelle, Ibn Touloun déplaça sa résidence sur la colline de Yachkour, entre le Vieux Caire et la citadelle, et distribua à ses principaux officiers les parcelles alentours. Cette nouvelle ville prit le nom de El-Qatiya et ne tarda pas à se couvrir de palais, jardins, mosquées et marchés qui rivalisaient de splendeur.

La tradition voulait que les maîtres de l'Égypte s'approprient un quartier où ils rassemblaient leurs partisans. Saladin, fondateur de la dynastie ayyoubide, fit donc ériger au XIIe siècle une cité royale. Son neveu, Al-Kamil, fut le premier sultan à y établir ses quartiers et la citadelle resta le siège du pouvoir pendant presque sept siècles.

 

Le 23 janvier 1517, l'armée du sultan ottoman Selim remportait la bataille de Raydaniyya au nord du Caire. L'Égypte devenait l'une des 32 provinces de l'empire administrées au nom de la Sublime Porte et le restera jusqu'en 1914.

 

A l'extrémité nord du Bassin Méditerranéen, presque à la verticale du Caire, Istanbul. Ou faudrait-il plutôt dire Constantinople ? ou Byzance ?. Trois noms qui ne sont que le reflet des trois civilisations ayant imprimé leur marque sur cette ville au cours des siècles.

 

Le 8 décembre 324, l'empereur Constantin pose la première pierre de la cité qui sera inaugurée le 11 mai 330. Au siècle précédent, l'empire romain à l'apogée de son extension devenait ingouvernable et résistait mal à la pression des Barbares.

Pour essayer de remédier à la situation, Dioclétien déplaça le siège du gouvernement dans quatre villes proches des frontières les plus exposées et instaura un gouvernement collégial. Sans succès. S'établissant sur les rives du Bosphore après avoir rétabli l'unité de l'empire, son successeur Constantin chercha un site pour une nouvelle capitale et jeta son dévolu sur Byzance, fondée 1000 ans plus tôt par des colons venus de Mégare sur les détroits séparant l'Europe de l'Asie.

 

Choix judicieux ! Surplombant la mer de Marmara et le Bosphore, la nouvelle capitale commande les passages entre l'Europe et l'Asie. De plus, elle est proche des frontières du Danube et de l'Euphrate et située au cœur d'une région de longue tradition hellénique.

 

Mêlant les cultures hellénique et latine, elle supplantera rapidement Rome par sa richesse et le nombre de ses habitants. Avec la scission de l'empire romain, elle devient, en 395, capitale de l'Empire romain d'Orient sous le nom officiel de "Nouvelle Rome". Mais c'est sous le nom de Constantinopolis, nom qu'elle prendra après la mort de l'empereur, qu'elle restera dans l'Histoire.

 

Le 3 octobre 614, Héraclius prend le pouvoir, imposant le grec comme langue officiel et inaugurant l'hellénisation de son empire en se donnant le titre de Basileus. Sous son règne, l'empire romain d'orient devient empire byzantin. Constantinople abandonnera la culture latine pour devenir exclusivement grecque.

 

Après avoir connu sa plus belle période sous le règne de Justinien, la cité tombera le 29 mai 1453 aux mains du sultan ottoman Mehmet II. Cette victoire coupait l'Occident de ses racines grecques et orientales et marque, pour les historiens, la fin du Moyen Age.

 

Les derniers savants et artistes byzantins se réfugient en Italie où ils seront à l'origine de la Renaissance…….