I.C.B.M.

Institut des Civilisations du Bassin Méditerranéen et du Moyen-Orient

Jeudi 11 janvier 2007: Hatshepsout et Thoutmosis iii : deux couronnes pour un empire !

(Hazem El Shafei) - projections

 

 

 

 

Parmi les pharaons de la XVIIIe dynastie, Hatshepsout et Thoutmosis III se distinguent, non seulement par leur personnalité mais surtout en raison de leurs destins étroitement liés par les circonstances de l'histoire.

 

Qui était donc cette femme, grande épouse royale de Thoutmosis II, devenue régente après la mort de son jeune époux ? Comment réussit-elle, à partir de sa nouvelle fonction, à se faire admettre comme pharaon et à garder la couronne jusqu'à sa mort ? Usurpatrice ambitieuse et calculatrice pour les uns, souverain remarquable doué d'un véritable sens politique et soucieux de défendre les intérêts de l'Égypte pour les autres. Sans nul doute tout cela…….

 

Pour quelles raisons Thoutmosis III, un des plus glorieux pharaons de la XVIIIe dynastie, accepta-t-il d'être mis à l'écart du pouvoir pendant de nombreuses années ? Quels complots, quelles intrigues agitèrent son entourage ? Quelle était l'ampleur de son ressentiment à l'égard de sa tante, si ressentiment il y avait ? Est-il seul responsable des martelages et autres déprédations de monuments tendant à effacer sa mémoire ? Le mystère demeure.

 

A la mort de Thoutmosis I se posa un problème dynastique car, des quatre enfants que lui avait donné la Grande épouse royale, il ne restait que la princesse Hatshepsout. Au palais vivait également un jeune prince, né d'une épouse secondaire. Ce fut pourtant lui que les prêtres désignèrent pour succéder, sous le nom de Thoutmosis II, au pharaon défunt.

 

Hatshepsout ne fit rien pour contrarier l'accession au trône de son demi-frère, bien au contraire : elle fit proclamer que la reine Ahmosé Nebet avait légitimé son règne, l'épousa et devint la Grande Épouse Royale du nouveau roi, dont le règne fut court.

 

A la mort de Thoutmosis II, le problème dynastique se posa une nouvelle fois, Hatshepsout n'ayant eu que deux filles. Ce fut encore un prince demi-sang qui fut choisi pour porter la double couronne : Thoutmosis III. L'enfant n'étant âgé que de quatre à cinq ans au plus à la mort de son père, la veuve royale ne pouvait l'épouser afin de légitimer son trône. Alors, se fondant sur de nombreux précédents, Hatshepsout devint régente du royaume en raison de la minorité du jeune roi.

Les circonstances allaient favoriser les ambitions de la Grande épouse Royale, la régence lui permettant de gouverner l'Égypte. Et elle la gouverna d'une manière exemplaire ! En revanche, elle ne fut pas immédiatement considérée comme un pharaon. Il lui faudra, pour cela, patienter quelques années, qu'elle allait mettre à profit pour conforter sa position politique.

 

Hatshepsout va alors se mettre en devoir de proclamer sa naissance divine en précisant que le dieu Amon, désirant placer son héritier terrestre sur le trône d'Égypte, s'était substitué à son père pour l'engendrer (théogamie - temple de Deir el Bahari). De plus, elle laissait entendre que son père l'avait choisie depuis longtemps comme héritière.

Les années qui suivirent affirmèrent l'autorité de la souveraine. Peu à peu, elle s'imposa partout en véritable roi de Haute et de Basse Égypte mais ne fut véritablement intronisée qu'en l'an VII du règne du jeune Thoutmosis III sous le nom de MaâtKaRê. A partir de ce moment, Hatshepsout allait se conduire en véritable pharaon.

 

Grand stratège, Hatshepsout fit preuve d'une grande habilité conduisit les affaires du pays avec beaucoup de compétence, faisant de son règne fut une ère de paix et de prospérité pour l'Égypte.

La politique étrangère d'Hatshepsout fut dominée par une attitude de paix défensive, et le désir d'entretenir des échanges commerciaux avec des pays dont les ressources et les produits naturels étaient nécessaires à l'Égypte. Chypre et la Crête proposaient les productions les plus originales de leurs artisanats, l'Asie amenait par caravanes les produits les plus lointains. La reine entreprit également des expéditions commerciales (Sinaï, Pays de Pount). Si les relations extérieures diplomatiques et commerciales se développèrent considérablement, elle ne négligea pas pour autant son armée qu'elle fit moderniser pour que son pays soit fort et respecté

 

De la fin du règne d'Hatshepsout, nous ignorons presque tout. L'autorité de Thoutmosis III grandissait. Il conduisit au Sinaï deux expéditions pour la souveraine mais aussi en son propre nom. C'est dans le récit de cette campagne que la reine et Thoutmosis III apparaissent ensemble pour la dernière fois. A partir de l'an 21, Hatshepsout n'apparaît plus sur aucune figuration permettant de prouver qu'elle était encore en vie. Elle disparaît sans laisser de traces.

 

Hatshepsout ne fit rien pour nuire à Thoutmosis III ou pour nier son existence et sa titulature. Elle ne fit qu'intercaler son règne dans celui du jeune roi. Alors qu'elle devait avoir les moyens de le faire éliminer, même physiquement, elle n'en fit rien. Au contraire, la reine associa toujours le jeune Thoutmosis à sa présence dans les représentations politiques et religieuses. Toutefois, il est possible que cette association lui fût imposée par les prêtres. Il est plus probable qu'Hatshepsout associa progressivement Thoutmosis III à la conduite du pouvoir pour arriver par la suite à un stade de co-régence, le jeune roi prenant la direction des affaires militaires.

 

Thoutmosis III accéda donc au pouvoir en l'an 22 de son propre règne. Resté longtemps dans l'ombre, il allait devenir l'un des plus grands pharaons et régner près de trente ans encore sur un immense empire dont Thèbes était la capitale.

Grand conquérant menant son armée de victoire en victoire, maître incontesté d'un royaume allant de l'Euphrate au nord jusqu'à la quatrième cataracte au sud, régnant sur un ensemble de pays confédérés mais politiquement autonomes, il était le soleil des «Neuf Arcs» et tenait sa grandeur et sa force d'Amon-Rê qu'il consultait avant chaque départ en campagne.

Le butin très abondant provenant des campagnes militaires draina vers l'Égypte des ressources importantes, dont la majeure partie fut consacrée au domaine d'Amon. De plus, chaque pays conquis devait payer tribut chaque année. A ce tribut des états vaincus s'ajoutait celui que certains états donnaient de leur plein gré en guise d'amitié : Chypre envoyait du cuivre, l'Assyrie du lapis-lazuli, le Hatti des pierres précieuses, Pount de l'encens et de la myrrhe.

Cette abondance fit de l'Égypte une grande puissance économique.

Pour favoriser cet essor, Thoutmosis III entreprit la construction d'un port au sud de l'île de Pharos, qui sera plus tard Alexandrie.

 

Grand conquérant, grand administrateur, Thoutmosis III fut également grand bâtisseur qui contribua à la splendeur du grand temple d'Amon à Karnak.