I.C.B.M.

Institut des Civilisations du Bassin Méditerranéen et du Moyen-Orient

Jeudi 24 janvier 2008 :   Méhémet Ali Pacha, fondateur de l'Égypte moderne

                                           (Hazem El Shafei)

 

 

 

Le 2 septembre 1801, soit trois ans et deux mois après la prise d'Alexandrie qui avait commencé l'aventure égyptienne, les Français quittent le sol égyptien, laissant le pays en proie aux visées de l'Empire ottoman, aux ambitions de l'Angleterre et à l'amertume des Mamelouks, perçus par la population égyptienne comme des étrangers.

Mais en dépit de sa très courte durée, l'occupation française constitua une étape décisive de l'Histoire égyptienne, préparant le décollage, sous Méhémet Ali, de l'économie égyptienne. L'Expédition de Bonaparte montra le chemin qui fera de l'Égypte le premier pays arabe à s'ouvrir à la modernité. Car l'Égypte, longtemps assoupie, ne demandait qu'à renaître. Et le réveil fut l'œuvre de ce visionnaire hors du commun, qui marqua la région de sa puissante empreinte, fondant une dynastie qui se maintiendra à la tête de l'Égypte durant un siècle et demi et donnera au pays onze souverains.

 

Albanais, donc sujet turc, Méhémet Ali fut envoyé en Égypte comme officier d'un régiment albanais par le sultan ottoman. Confortant progressivement sa puissance, il prit le pouvoir en mai 1804. Pensant avoir trouvé un officier fidèle, la Sublime Porte le nomma pacha en 1805.

En 1811, il se débarrasse des Mamelouks qu'il fait massacrer après un coup de force qui avait échoué.

 

La France lui avait fourni un grand nombre d'officiers, ingénieurs et savants grâce auxquels il avait pu organiser son armée à l'européenne, créer une flotte de guerre considérable et augmenter rapidement, par le développement de l'agriculture et de l'industrie, les revenus de son pachalik. L'Égypte devenait une puissance militaire avec laquelle il fallait compter.

 

En 1815, la position de l'empire ottoman déclinant en Grèce, son fils Ibrahim s'empare de la Crète qu'il sera obligé d'évacuer en 1828. Acceptant de moins en moins la suzeraineté turque, Méhémet Ali adopte même une attitude clairement hostile à l'égard de la Sublime Porte en envahissant la Palestine en 1831. Le sultan lui ayant refusé l'hérédité du pouvoir pour sa famille, il saisit un prétexte pour attaquer la Syrie. Après la prise de Tripoli en 1832, les armées marchent sur Homs. Observant avec attention la lente agonie de l'empire ottoman, les puissances commencent à s'inquiéter des succès de Méhémet Ali et craignent que sa victoire sur le sultan n'entraîne une désintégration trop rapide de l'empire ottoman et la destitution du sultan, ce qui provoquerait la rupture du fragile équilibre établi entre les rivalités européennes. Mais rien ne semble arrêter les armées égyptiennes qui remportent une grande victoire sur l'armée ottomane en décembre 1832 à Konya. Plus rien ne s'oppose à leur marche sur Istanbul quand Méhémet Ali donne l'ordre formel de stopper leur progression. La Syrie devient possession égyptienne.

 

L'Égypte suscite alors bien des inquiétudes et des interrogations.

 

Comme il réclamait toujours sans succès l'hérédité et qu'il refusait de se soumettre aux lois générales de l'empire ottoman, un nouveau conflit ne tarda pas à se produire. Les Turc furent défaits en juin 1839. Presque dans le même temps, la flotte turque était livrée à Méhémet Ali. L'empire ottoman semblait à la merci du pacha mais l'Europe intervint à nouveau. Méhémet comptait sur l'appui de la France qui se déroba face à la quadruple alliance de Londres en 1840. La Syrie s'insurgea et le pacha se soumit par la convention d'Alexandrie. En février 1841, le sultan lui concéda seulement la possession héréditaire de l'Égypte assortie de conditions drastiques de vassalité.

Sept ans plus tard, celui qui avait réveillé l'Égypte d'un long sommeil abdiquait, remettant le pouvoir entre les mains de son fils Ibrahim qui mourra le 10 novembre 1843 après un règne de six semaines.