I.C.B.M.

Institut des Civilisations du Bassin Méditerranéen et du Moyen-Orient

Jeudi 19 juin 2008 :        Le Harem : entre fantasmes et réalités !

                                           (Hazem El Shafei)

 

 

 

 

L'image du harem évoque souvent, en Occident,  un "paradis de fantasmes" peuplé de femmes lascives et dociles, attendant la venue de leur "seigneur et maître". Image véhiculée essentiellement par les peintres orientalistes et les écrivains du XIXème siècle qui ont dépeint ce qu’ils imaginaient être des harems. Car la plupart d'entre eux n'avaient jamais mis les pieds en Orient ! Et ceux qui y sont allés n’ont évidemment jamais pu pénétrer dans un harem et se sont contentés d’illustrer les mythes imaginés par les Occidentaux et leurs propres fantasmes !

 

Ce phénomène social mérite cependant une étude plus objective et plus sérieuse.

Car loin d’avoir été une prison, affirment plusieurs auteurs turcs et arabes, le harem était plutôt une institution éducative.

 

Né avec l'apparition d'une société structurée et hiérarchisée, le harem existait en Égypte antique et en Grèce (gynécée) et traduit une réalité plus qu'un univers d'ivresse des sens associé au parfum de magnifiques créatures baignant dans un océan rempli de fleurs, de musique et de .....!

Le harem est le domaine réservé à la famille avec une hiérarchie stricte sous l'emprise d'une femme vénérée au sein d'une institution. Il est le "lieu interdit aux étrangers", où sont assuré l'éducation des enfants et l'entretien de la famille. Aux hommes les affaires publiques, aux femmes la gestion de la maison et l'éducation des enfants. Si l'on considère que les demeures orientales abritaient plusieurs générations et une nombreuse domesticité, la tâche était rude et nécessitait un solide sens de l'organisation et de réelles qualités de "stratège". A fortiori dans l'entourage des sultans où fleurissaient intrigues et assassinats pour accéder au pouvoir.

 

Les derniers grands harems (ceux que désigne le terme en particulier) furent les harems des sultans et pachas de l'Empire ottoman.

 

Même le souverain ne pouvait y agir à sa guise. Des règles très précises régissaient le fonctionnement de cette institution, le recrutement des courtisanes (au sens noble du terme !) et leur éducation, chaque femme recevant un enseignement dans la discipline pour laquelle elle manifestait le plus de talent : calligraphie, arts décoratifs, musique, langues étrangères...... Et ces courtisanes n’étaient nullement écartées de la vie sociale et politique. Ainsi la sultane Roxelane, épouse préférée de Soliman le Magnifique, a-t-elle fait son apprentissage au sein du harem. Car le plus important, c’était de donner aux femmes une éducation de qualité pour leur permettre de conclure un bon mariage avec un fonctionnaire ou un militaire de la Sublime Porte. Contrairement à ce qui se passe en Occident, l’estime qui est accordée à une femme ne diminue pas avec l’âge. Ainsi, les aînées étaient les personnes les plus respectées du harem.

Ces courtisanes n'étaient donc pas de "petites dindes" ou des prostituées de luxe, mais des femmes intelligentes, instruites et cultivées. Et en toute honnêteté, il est difficile de prétendre qu'il en allait de même en Occident....!

 

Il est frappant de constater qu'à l'inverse des tableaux orientalistes montrant des femmes cloîtrées, les miniatures orientales représentent les femmes chassant ou dans les diverses activités de leur vie quotidienne.

 

Figure mythique entre toutes : Schéhérazade ! Pour déjouer le piège mortel du roi Shahriar, elle lui raconte chaque nuit un conte différent. Schéhérazade y réussit de triple manière : maîtriser un large domaine de connaissances tout en essayant de comprendre ce qui passe dans la tête de celui qui veut sa perte ; vaincre la détermination de celui-ci en se servant uniquement de la force des mots ; contrôler sa propre peur afin de réfléchir correctement et d’agir en gardant son sang froid à tout moment.

Dans toutes les versions orientales, Schéhérazade est une femme qui a atteint son objectif, qui a sauvé de la mort les jeunes filles de son pays et qui a pu transformer l’assassin en un véritable époux. Mais l'Occident s'est uniquement attaché au décor du conte, à l'atmosphère, aux costumes etc. en oubliant totalement ce qui fait la force de cette femme. A dessein ?