I.C.B.M.

Institut des Civilisations du Bassin Méditerranéen et du Moyen-Orient

Jeudi 20 novembre 2006 :    De Bonaparte à Maspero

(histoire d'une Égypte, passion française)

 

 

 

 

 

S'épuisant à rechercher une légitimité de plus en plus contestée, le Directoire s’appuie sur l’armée mais celle-ci nourrit des ambitions que le Comité de Salut Public avait longtemps contenues. Bien que Bonaparte ait donné des gages certains de républicanisme, il est soupçonné d’aspirer au pouvoir politique. Dans ces conditions, le Directoire ne pouvait qu’accueillir favorablement sa demande d’aller combattre en Égypte. Le coup de poignard d’un fanatique débarrasserait peut-être la toute jeune République de cet encombrant général !

Mais si Bonaparte propose une expédition contre l’Égypte, c’est qu’il juge que les conditions ne sont pas encore réunies pour réussir un coup de force. Et il n'ignore pas que l’inactivité voue infailliblement à l’oubli. La conquête de l’Égypte semble assez facile et l'exotisme de l’expédition apportera un supplément de gloire en attendant le moment propice pour s’emparer du pouvoir.

Si tout, dans cette expédition, n'est que calcul politique, les conséquences n’en seront pas moins considérables. Avant même la découverte, en juillet 1799, de la « pierre de Rosette », des soldats avaient multiplié relevés et croquis. Sous l’impulsion de Vivant Denon devait paraître par la suite la fameuse « Description de l’Égypte ».

Ainsi égyptologie et égyptomanie naissent-elles de l’expédition de Bonaparte, qui a beaucoup fait rêver, à commencer par ses contemporains…….

 

 « Je tiens l’affaire ! »

Le 14 septembre 1822, Jean-François Champollion découvre la clef d’une énigme vieille de quinze siècles : le déchiffrement des hiéroglyphes égyptiens, muets depuis l’Antiquité.

 

En 1828, il convainc le gouvernement d’organiser, conjointement avec le grand-duché de Toscane, une expédition scientifique en Égypte, placée sous sa direction et celle d'Ippolito Rossellini, son unique élève.

En plus d’un an, au prix d’un travail acharné et au cours d’un périple sur le Nil qui les conduira jusqu’au Soudan, ses membres copient, sur plus de cinquante sites, les textes et les représentations qui seront publiés après la mort de Champollion. Plus de cent objets seront rapportés au Louvre. Et c’est en Égypte que Champollion conçoit le projet de transporter à Paris l’un des obélisques du temple de Louxor, projet qui ne sera concrétisé qu’après sa mort.

Intelligence brillante, érudition prodigieuse et travail de tous les instants furent ses seules armes. Dans un domaine où régnaient dogmatisme et imagination, il sut apporter les lumières de la raison scientifique.

 

Né en 1776 dans le Piémont, Bernardino Drovetti rejoint l'armée de Bonaparte qui le mènera en Égypte. Devenu consul permanent en Égypte, il se constitue, dès les premiers mois, une collection d'antiquités de première valeur. Tout est à trouver et tous les moyens sont bons ! Adversaire de Henry Salt, consul du Royaume-Uni dans la course aux antiquités égyptiennes, il montre cependant un grand respect pour les monuments et se défend de les découper pour les transporter, contrairement aux pratiques anglaises. Il vendra une partie de sa collection au roi de Piémont (musée de Turin), une autre à Charles X (musée du Louvre) et le reste au roi de Prusse (musée de Berlin)

Pillard, aventurier sans scrupule, défenseur acharné des trésors égyptiens… Sans doute un peu de tout cela !

 

En 1842, Auguste Mariette est chargé de classer les papiers de Nestor Lhote, dessinateur qui avait accompagné Champollion dans son voyage d'exploration au long du Nil en 1828. Cette tâche banale sera à l'origine de sa passion pour l'égyptologie.

Premier égyptologue à lancer les fouilles archéologiques selon un principe scientifique, on lui doit, outre la découverte du Sérapeum, divers autres chantiers: Dendérah, Abydos, Karnak, Tanis, Deir el Bahari (sépulture de momies royales), restauration du temple d'Horus à Edfou, colonnade du temple de Djoser, ainsi que le catalogue général des monuments d'Abydos.

Créateur du premier musée d'Antiquités au Caire, dans le quartier de Boulaq, il restera à la tête du service de Conservation des Antiquités de l'Égypte jusqu'à sa mort en 1881.

 

En 1880, le gouvernement français met Gaston Maspero à la tête de la mission archéologique qu'il envoyait en Égypte et qui allait devenir l'École française du Caire. A peine la mission installée, s'ouvrait la succession de Mariette.

La tâche était écrasante : organisation du Musée du Boulaq avec des ressources très insuffisantes, division de l'Égypte en circonscriptions archéologiques avec quelques chefs et une trentaine de gardiens pour protéger les sites et monuments contre les pillards et les touristes trop peu scrupuleux.

Gaston Maspero publiera également les Textes des Pyramides et participera à l'exhumation des momies trouvées dans la cachette de Deir el Bahari.

Avec Gaston Maspero s'ouvre l'égyptologie du XXe siècle.