I.C.B.M.

Institut des Civilisations du Bassin Méditerranéen et du Moyen-Orient

Jeudi 19 mai 2005 : La naissance d’Israël

 

 

 

« Si tu veux un état juif, alors il ne sera pas qu’un rêve » (Theodor Herzl)

 

Sans le sionisme, l’état d’Israël serait resté une utopie.

Mais qu’est le sionisme ?

 

Après la destruction du premier temple et la déportation des Juifs à Babylone naquit le désir d’un état juif où il serait possible de pratiquer sa religion en paix et sans luttes incessantes avec les autres peuples, désir qui traversa les siècles. Et si la Révolution française représenta un progrès de la société, celui-ci ne concerna cependant pas les Juifs qui, s’ils étaient tolérés, n’étaient toujours pas acceptés. Le nombre de ghettos croissant, les juifs furent de plus en plus coupés de la société et limités dans leurs activités économiques. Les exactions et les massacres en Europe centrale et orientale ne firent qu’aggraver la situation.

Au 19ème siècle, utopies et rêves cèdent le pas à des projets concrets : le rabbin Hirsch Kalischer rédigea un écrit dans lequel il exhortait les juifs à prendre leur destin en main et prenait ses distances quant à la thèse d’un Messie qui les conduirait vers la Terre Promise. A citer également Moses Hess qui, comme Hirsch, prit parti pour la création d’un état juif en Palestine, Max Bodenheimer, David Wolffsohn.

 

Utopiste, rêveur, aventurier naïf, homme courageux et obstiné : tel fut Theodor Herzl, juriste, journaliste né en 1860 à Budapest dans une famille juive de culture allemande. Correspondant de presse à Paris, il prend conscience de l’antisémitisme lors de l’affaire Dreyfus et rédige bientôt « L’état juif ». Le 29 août 1897, il réunit à Bâle le premier congrès sioniste avec des représentants de 16 pays. S’il n’a pas été le fondateur du sionisme théorique, il a cependant fait du sionisme le plus important mouvement nationaliste du 19ème siècle.

 

Depuis 1936, le problème judéo-arabe en Palestine apparaît de plus en plus comme le conflit le plus grave dans la région et, en 1939, toutes les données rendant ce conflit inéluctable sont déjà en place. Si le rapport de forces a évolué pendant la guerre en faveur des Juifs dont la détermination politique s'est accrue, le rapport numérique entre les deux populations et leur dissymétrie organisationnelle sont restés les mêmes

 

La présence anglaise en Palestine, résultant de la Première Guerre mondiale, a été la condition nécessaire au développement du foyer national juif. Le retrait anglais, résultant de la Seconde Guerre mondiale, sera la condition nécessaire à la transformation de celui-ci en État. Bien plus que la guerre elle-même, c'est la création de cet État qui constitue le second grand événement exerçant une influence décisive sur l'évolution politique du Moyen-Orient au XXe siècle, le premier ayant été la révolte de 1916 et ses séquelles de 1919 et 1920.

 

En juillet 1945, la victoire électorale des travaillistes suscite de nombreux espoirs. Mais les contraintes de l'exercice du pouvoir l'emporteront rapidement sur les préférences idéologiques, la politique anglaise en Palestine étant dominée par deux préoccupations : ne pas trop accroître l'hostilité à son égard dans les autres pays arabes et conserver si possible en Palestine des positions militaires qu'elle risque fort de perdre bientôt dans les pays voisins.

En mai 1947, l'assemblée générale des Nations Unies réunie en session spéciale désigne une commission qui, après avoir enquêté en Palestine et dans les camps de réfugiés en Europe, présente deux rapports.

Le 29 novembre 1947, le plan de partage est adopté par l'assemblée générale des Nations Unies ? Ce plan propose de diviser la Palestine en sept parcelles territoriales : trois d'entre elles constitueraient un État juif, trois un État arabe et la septième, Jérusalem, serait internationalisée sous contrôle des Nations Unies. Aucun échange de population n'est prévu entre les deux États qui devront constituer une union économique.

Dans le contexte de 1947, le partage semble la solution la moins impraticable au problème de la Palestine. Mais la complexité du tracé frontalier, l'existence dans l'État juif d'une importante minorité arabe et l'union économique proposée supposent aussi un degré élevé de coopération entre les deux États.

 

Au lendemain du vote de l'O.N.U., le Haut Comité arabe déclare ne lui reconnaître aucune valeur juridique. En Palestine, les Arabes attaquent les quartiers juifs des villes, les colonies rurales et les voies de communication. C'est le début d'une guerre civile qui se poursuivra jusqu'au départ des Anglais.

 

Partageant le pessimisme des Américains quant à l'évolution de la situation, certains dirigeants juifs proposent, le 12 mai, au gouvernement provisoire du futur État que la proclamation de l'indépendance soit retardée. Proposition repoussée. Le même jour, il est décidé de ne pas inclure dans la déclaration d'indépendance la reconnaissance des frontières définies par l'O.N.U.

 

Le 14 mai est proclamée l'existence d'un nouvel État, qui prend le nom d'Israël.

Et dans la nuit du 14 au 15 mai, le haut-commissaire anglais quitte la Palestine, mettant fin officiellement au régime du mandat.