I.C.B.M.

Institut des Civilisations du Bassin Méditerranéen et du Moyen-Orient

Jeudi 28 avril 2005 :           La médecine en Égypte antique  : entre science et magie

(Hazem El Shafei – avec la participation du Dr. Jacques Charpentier, conseiller régional de l'Ordre des Médecins de Champagne Ardenne)

 

 

 

 

La médecine des anciens Égyptiens, qui s’étendit sur plus de cinq mille ans et jouissait dans l’Antiquité d’une grande renommée, est celle pour laquelle nous disposons des documents authentiques les plus anciens. Il existe à ce jour une quinzaine de papyrus médicaux dont les plus célèbres sont le grand Papyrus de Berlin, le Papyrus Ebers (maladies classées selon les organes concernés), le papyrus Hearst et le papyrus chirurgical Smith.

 

Les médecins

Ils appartenaient, en grande partie, à la classe des prêtres, tout comme les astronomes et hommes de loi. L’enseignement se faisait dans les maisons de vie annexées aux temples, dont les plus célères furent Memphis, Thèbes, Bubastis, Abydos et Saïs. Les élèves y recevaient certes un enseignement clinique que la pratique chirurgicale – assez développée - rendait indispensable (les malades étant amenés dans les temples en vue de leur guérison) mais étudiaient surtout les écrits existants.

Selon le Papyrus Ebers, il existait trois catégories : le médecin sorti des écoles sacerdotales, le prêtre de la déesse Sekhmet, l’exorciste agissant par paroles magiques et amulettes.

Car si Thot fut le révélateur des sciences, y compris la médecine, il était aussi considéré comme le dépositaire des secrets de l’art magique.

Aussi peut-on aisément comprendre que la frontière entre médecine et magie ait été mouvante et très ténue. Magiciens et médecins sont d’ailleurs désignés par le même nom : « celui qui maîtrise les scorpions ».

 

Le mythe fondamental de référence était le mythe osirien tendant à expliquer le cycle de la végétation à l’origine de la croyance de la résurrection.

 

La science médicale

Les anciens Égyptiens croyaient que les maladies étaient l’oeuvre d’un esprit mauvais, agissant spontanément ou sous l’impulsion d‘une force magique intentionnellement mise en jeu. Les symptômes n’étaient que les manifestations de sa présence.

La thérapeutique avait donc un double objectif : exorciser l’agent et réparer les désordres. Ce qui explique que le traitement par incantation ait été considéré comme supérieur à tout autre, le malade devant prononcer des formules magiques en absorbant les médicaments et des formules conjuratoires réputées plus fortes que les remèdes.

Peu à peu émerge l’idée que les maladies sont la conséquence du mauvais fonctionnement des organes et non celle de l’intervention d’esprits malins. Les médecins sumériens étaient arrivés à la même conclusion. Cette évolution de la pensée ne débouche cependant aucun progrès dans le traitement des maladies. De plus, la transmission des connaissances se fait mal, s’effectuant surtout par voie orale.

 

 

Les maladies

Les papyrus contiennent beaucoup de descriptions sommaires de maladies dont l’identification est difficile. Mais il semble que les Égyptiens aient eu une assez bonne connaissance de leur anatomie, même si elle peut nous semble aujourd’hui assez superficielle.

Quelle que soit la maladie, l’Égyptien trouvait toujours un remède, dont certains sont encore utilisés dans la pharmacopée moderne : mandragore, levure de bière, jusquiame, pavot, opium, alun, argile, sel de cuivre etc.

Les fards faisaient partie de la thérapeutique oculaire.

Les traités mentionnent plus de 700 substances empruntées aux trois règnes, souvent associées en grand nombre dans une même recette.

L’hygiène et la diététique, de même que la sobriété et la propreté étaient abordées.

 

 

Stagnation

Avant d’élaborer un raisonnement médical, les médecins devaient se débarrasser de l’idée que la maladie est due à l’intervention d’esprits malins. L’idée que les maladies sont la conséquence du mauvais fonctionnement des organes et non celle de l’intervention d‘esprits malins se trouve dans les traités du médecin de Ramsès Ier et de Sethi II, soit près de 800 ans avant Hippocrate !

Comment expliquer alors la stagnation mais encore la régression tant en Égypte qu’en Mésopotamie ?

Il semble que l’essor d’une médecine rationnelle ait heurté de plein fouet les intérêts du clergé, fondant sa puissance et sa richesse sur la peur de la mort et de la maladie. Pour assurer la pérennité de son influence, il lui suffisait de réaffirmer que la santé dépendait de la bonne volonté des dieux. Les offrandes faites aux dieux par les malades parvenaient directement aux prêtres, des sanctuaires étaient consacrés spécifiquement à chaque type de maladie. La maladie est exploitée systématiquement.