I.C.B.M.

Institut des Civilisations du Bassin Méditerranéen et du Moyen-Orient

3 février 2005     Les chefs-d'œuvre de l'art mauresque et mudéjar en Andalousie

(Imma Fernandez, sociologue et anthropologue, universités de Cordoue et Lausanne - Hazem El Shafei)

 

 

Depuis le VIIème siècle, l'histoire du bassin méditerranéen est partagée entre deux cultures: islamique et chrétienne occidentale. Histoire faite de conflits et de contacts créant, dans l'imaginaire collectif, le mythe de l'autre, ennemi irréductible, étranger et inconnu. Au VIIème siècle, la Méditerranée est sous contrôle islamique.

 

Les pays méditerranéens progressivement intégrés au monde musulman étant très différents, les formes de vie islamique se développant dans chacun d'eux seront par conséquent très distinctes malgré l'unité résultant de leur adhérence commune au nouveau dogme religieux. Les minorités religieuses maintiennent historiquement leur présence. L'arabe classique coexiste avec d'autres langues et dialectes arabes. Dans ce cadre d'unité (religion musulmane, langue et culture arabes), chaque société évoluera à sa façon.

 

Al-Andalus, dans la partie occidentale du monde islamique, deviendra le berceau d'une expression artistique et culturelle brillante, qui essaimera au Maroc lorsque les Almoravides, à la suite de leur intervention militaire dans la péninsule ibérique, entreront en contact avec une nouvelle civilisation et tomberont sous le charme et le raffinement de l'art andalou.

Après la dissolution de l'empire almohade, la dynastie nasride s'installe à Grenade et vit une période de splendeurs au XIVème siècle. La civilisation de Grenade devient le modèle culturel pour les siècles à venir en Espagne, l'Alhambra marquant l'aboutissement suprême de l'art andalou, avec toutes les caractéristiques de son répertoire artistique.

Avec Grenade culmine et se clôt l'histoire d'al Andalous et de l'art islamique en Espagne.

 

 

Art mauresque, certes! Mais art mudéjar?

 

Cet art naît dans des circonstances historiques très spéciales que l'on ne retrouve nulle part ailleurs. Avec la capitulation de Tolède et de Saragosse, la balance pencha en faveur des chrétiens et les musulmans se trouvèrent de l'autre côté de la frontière politique, mais aussi en territoire chrétien. La difficultés des royaumes chrétiens à repeupler les vastes territoires nouvellement conquis conduisirent à une décision politique aux conséquences durables pour la culture médiévale espagnole: l'autorisation accordée à la population musulmane vaincue de rester, contre paiement d'un tribut, dans les territoires récupérés tout en conservant la religion musulmane, la langue arabe et une organisation juridique propre.

Alors que ces Mudéjars s'intégraient au nouvel ordre socioculturel, les chrétiens éprouvaient une réelle fascination devant les monuments islamiques des villes conquises.

Parallèlement, les royaumes chrétiens entretinrent d'étroites relations culturelles avec les territoires d'al Andalous non encore conquis, surtout le royaume nasride. Tous ces facteurs permettent d'expliquer l'émergence et les voies de développement de l'art mudéjar en Espagne chrétienne : rencontre des traditions islamique et chrétienne, enclave entre art islamique et chrétien, expression plastique d'une société où coexistaient chrétiens, mudéjars et juifs.