I.C.B.M.

Institut des Civilisations du Bassin Méditerranéen et du Moyen-Orient

Jeudi 19 février 2006 :         Cordoue à SamarkandE

                                          (grandes cités musulmanes)

(Imma Fernandez, sociologue-anthropologue, universités de Cordoue et de Lausanne - Hazem El Shafei, islamologue)

 

 

 

Cordoue, Grenade, Istanbul, Samarkand, Damas, Alep, Le Caire…..

 

… et notre imagination nous entraîne sur les traces des conquérants venus de la péninsule arabique. Nous courrons les mers avec Sinbad, nous voyageons avec Aladin, nous nous laissons captiver par la voix ensorceleuse de Shéhérazade.

Villes bruyantes, vivantes, souks encombrés, dédales de ruelles où se mêlent notables, gens du peuple, paysans, soldats, caravanes venues déverser leurs trésors.

 

Mais au fait, qu'est donc réellement une cité musulmane ?

 

 

L'architecture islamique peut se diviser en deux catégories : édifices religieux et édifices civils.

 

Clair symbole de la foi dont le minaret est le signe visible, la mosquée est au cœur de l'architecture islamique et deviendra progressivement un complexe multifonctionnel à caractère social, intégrant zaouïa, madrasa, cuisine publique, bains, caravansérail, mausolée du fondateur.

Souvent fondée par un dirigeant civique ou politique dans le but de développer la jurisprudence islamique, la madrasa devient - elle aussi - multifonctionnelle (école de médecine, hôpital psychiatrique, hospice équipé de cuisines publiques, mausolée) et généralement financée par des revenus des terres ou propriétés (vergers, échoppes, bains publics). Peu à peu, elle perdra son seul rôle religieux et de fonction politique pour jouer un rôle civique plus large.

 

 

Lieux d'inhumation et de commémoration, les mausolées, quant à eux, jouent également un rôle important dans la religion "populaire". Vénérés comme des tombeaux de saints locaux, ils deviennent lieux de pèlerinage.

 

L'architecture civile se caractérise en premier lieu par les palais et bains publics somptueux de la période omeyyade. Sous la dynastie abbasside, les dimensions en deviendront de plus en plus impressionnantes. Finalement, la grande superficie sera fragmentée en unités indépendantes (jardins, pavillons, tours comme dans l'Alhambra de Grenade).

Offrant le gîte aux voyageurs et commerçants, les caravansérails sont de grandes structures carrées ou rectangulaires avec une entrée monumentale en saillie, des tours flanquant l'enceinte extérieure, une cour centrale entourée de portiques et de pièces réservées à l'hébergement des voyageurs, au stockage des marchandises, ou servant d'écuries pour les animaux.

 

 

Une ville, ce sont certes des édifices, mais ce sont avant tout des êtres humains formant une société.

 

Depuis le Xe siècle, toute ville, quelle que soit son importance, se dote d'enceintes fortifiées et de tours, de portes massives et d'une puissante citadelle comme établissement du pouvoir. La division en quartiers, basée sur l'affinité ethnique et religieuse, constitue un système d'organisation urbaine facilitant l'administration de la population : tout quartier comprend une mosquée, un bain public, une fontaine, un four et en ensemble de magasins soit à l'intérieur de ses limites soit à proximités. Sa structure se compose d'un réseau de rues, d’impasses et d'un ensemble de maisons souvent imbriquées les unes dans les autres, rendant ainsi indispensable des relations de bon voisinage. Selon la région et de l'époque, les maisons présenteront des caractéristiques en fonction des traditions historiques et culturelles, du climat et des matériaux de construction disponibles.

Centre névralgique du commerce local, le marché (souk) constitue l'élément le plus caractéristique des villes islamiques. Sa distance de la mosquée détermine l'organisation spatiale par corps de métiers : les profession "nobles" (libraires, parfumeurs, tailleurs) aux environs immédiats de la mosquée, les métiers bruyants et nauséabonds (forgerons, tanneurs, teinturiers) s'en éloignant progressivement. Distribution géographique répondant à des impératifs s'appuyant sur des critères purement techniques.

 

 

Ainsi, ce que l'Occidental considère comme un fouillis inextricable se révèle être une organisation rigoureuse de l'espace et des activités, tissant un dense réseau de relations sociales et humaines. Même si les voisins peuvent par moment sembler envahissants, personne n'est laissé seul, personne n'est abandonné. La communauté, le quartier est là.

Nos cités modernes, avec tout leur confort souvent illusoire, feraient bien de prendre exemple sur ce modèle. Bien des drames humains pourraient ainsi être évités…..