I.C.B.M.

Institut des Civilisations du Bassin Méditerranéen et du Moyen-Orient

Jeudi 12 janvier 2006 :             COPTOS, au cœur de la Haute Égypte
(Geneviève Galliano, conservateur au Musée des Beaux-Arts de Lyon, Département des Antiquités – Hazem El Shafei)

 

 

 

 

Au début de l’année 2000, le Musée des Beaux-Arts de Lyon consacrait à Coptos une exposition, constituée pour l’essentiel d’objets ramenés au début du siècle par Raymond Weill et Adolphe Reinach qui, après Gaston Maspero et Flinders Petrie, continuèrent les fouilles de ce site désolé.

 

Aujourd’hui, il ne reste rien de Gebtyou, l’orgueilleuse cité à la renommée éclatante où l’on vénérait Min, Isis et Horus l’enfant, et qui devait sa prospérité à ses prodigieuses richesses minières et à sa position géographique exceptionnelle, au carrefour des voies commerciales entre Méditerranée et Mer Rouge.

 

Selon la légende, des forces divines agitèrent, à l’aube des temps, l’écorce terrestre du désert oriental égyptien et en firent le coffret de trésors minéraux (brèche verte et grauwacke du Wadi Hammamat, granit rose, serpentinite, stéatite, marbre, grenat, olivine, quartz aurifère…). La transformation de l’or provenant des mines dépendant de Coptos dépendait de techniciens associés au culte de Min. Coptos, tout comme Memphis sous l’égide de Ptah, possédait un atelier d’orfèvres réputés. A Coptos se recrutaient aussi les prospecteurs de gisements aux activités itinérantes, à qui l’Égypte devait une partie notable de ses richesses. De cette interpénétration avec les populations des déserts naquit une symbiose influant sur la nature profonde du dieu Min, l’un des plus anciens d’Égypte (manifestation de l’énergie divine associée étroitement à la fertilité, à la croissance de la végétation autant qu’à l’exploitation des mines du désert de l’Est).

 

La deuxième source de richesse pour Coptos, c’était sa position sur le Nil, au débouché du Wadi Hammamat, là où le fleuve se rapproche au plus près des rives de la mer Rouge. Au-delà, les pistes caravanières rejoignaient les ports de la mer Rouge assurant le commerce avec l’Arabie, la Corne de l’Afrique, l’Inde et même Ceylan.

A l’époque romaine, l’Égypte devient la plaque tournante entre Orient et Occident. Quais et entrepôts voient arriver d’Orient soies de Chine, ivoire, pierres précieuses, aromates…. Rome exporte du vin et des produits manufacturés. Entre Alexandrie sur la côté méditerranéenne et les ports de la mer Rouge, les négociants empruntent le Nil et les routes caravanières du désert oriental : de par sa situation géographique, Coptos est au carrefour de ce transit international.

Au Ier siècle de notre ère, le trafic, sous contrôle de sociétés marchandes installées en Égypte, atteint son apogée et les routes seront bientôt jalonnées de tours et forts militaires.

 

Le déclin de Rome porte un coup fatal à Coptos, jusqu’à alors florissante. Deux révoltes contre le pouvoir impérial sont durement réprimées.

Coptos sort d’autant plus affaiblie de ces conflits que le trafic commercial, en forte régression, ne transite plus par ses quais. Les ressources naturelles de la région permettent toutefois d’entretenir une certaine prospérité (or et minéraux du désert oriental, culture extensive de plantes potagères et du vin, industrie textile).

Au IVe siècle, Coptos reste une grande métropole religieuse chrétienne.

 

Ce n’est qu’au VIIIe siècle, sous la domination arabe, que la cité perdra définitivement son rôle de plaque tournante du commerce avec la Mer Rouge. Elle verra alors son importance décroître et sombrera peu à peu dans l’oubli.