I.C.B.M.

Institut des Civilisations du Bassin Méditerranéen et du Moyen-Orient

Jeudi 17 novembre 2005 :    Rencontrer la Grèce
(William Stritt - helléniste)

 

 

 

 

 

« Me voici, aujourd’hui, avec pour seul capital dans mes mains, quelques mots helléniques. Ils sont modestes, mais vivants, puisqu’ils se trouvent sur les lèvres de tout un peuple. Ils sont âgés de trois mille ans, mais aussi frais que si l’on venait de les tirer de la mer. Parmi les galets et les algues des rives de l’Égée. Dans les bleus vifs et l’absolue transparence de l’éther. C’est le mot « ciel », c’est le mot « mer », c’est le mot « soleil », c’est le mot « liberté ». Je les dépose respectueusement à vos pieds. »

Odysseus Elytis, Prix Nobel de Littérature

(discours du 10 décembre 1979 à Stockholm)

 

 

 

La Grèce !

 

Toute l’année, bateaux et avions déversent sur cette terre des flots de touristes avides de soleil, de sirtaki, de baklava avec juste ce qu’il faut de culture pour saupoudrer le tout. Après tout, la Grèce n’est-elle pas le « berceau de la civilisation ». En sous-entendant bien évidemment « de NOTRE civilisation » qui, par définition, est bien la seule, l’unique, celle qui a apporté aux « sauvages » si bons soient-ils un peu de bonnes manières !

 

 

 

La Grèce, tout le monde la connaît – ou du moins semble la connaître. Réminiscences de cours de lycée alors que le soleil brillait au-dehors. Souvenirs de salles obscures où Melina Mercouri arpentait glorieusement les quais du Pirée en déclarant « jamais le dimanche ! ». Sirtaki, bouzouki etc. Et pour bien montrer que nous ne sommes tout de même pas ignares, n’oublions pas de citer Homère, Ulysse, le Parthénon, les jeux olympiques et, pourquoi pas, Périclès et la démocratie.

 

Vouloir réduire la Grèce à ces quelques clichés serait une insulte faite à ce peuple de paysans qui, par nécessité, partit d’une terre aride offrant trop peu de ressources pour le nourrir et s’élança à la conquête de la Méditerranée.

 

 

La Grèce, c’est Mycènes, Athènes, Sparte. C’est la Macédoine, berceau qui verra naître Alexandre. C’est Alexandrie et la Septante, les comptoirs en Égypte et sur les pourtours de la Méditerranée. Ce sont les innombrables îles formant chacune un monde en soi. Mélange de cultures, d’influences diverses, creuset de civilisations. Car la culture grecque est faite d’une mosaïque d’apports divers, au gré des navigations, des comptoirs commerciaux et des conquêtes militaires.

 

Et le peuple grec regarde passer les hordes sauvages avec philosophie (la Grèce n’est-elle pas sa patrie ?), avec la patience et l’ironie de ceux qui ont su garder leur fierté en dépit de toutes les occupations étrangères, de toutes les dictatures.

 

Poètes et musiciens n’ont cessé de chanter cette terre, faite de larmes et de souffrances, de sang et de peine, de joie et de liberté, et rien ne put jamais les réduire au silence. Les siècles s’écoulent, le Parthénon demeure…

 

 

 

« J’appartiens à un petit pays. C’est un promontoire rocheux dans la Méditerranée, qui n’a pour lui que l’effort de son peuple, la mer et la lumière du soleil. C’est un petit pays, mais sa tradition est énorme. Ce qui la caractérise c’est qu’elle s’est transmise à nous sans interruption. La langue grecque n’a jamais cessé d’être parlée. Elle a subi les altérations que subit toute chose vivante. Mais elle n’est marquée d’aucune faille. Ce qui la caractérise encore, c’est l’amour de l’humain. La justice est sa règle. »

Giorgos Seferis, Prix Nobel de littérature

(discours du 10 décembre 1963 à Stockholm)