I.C.B.M.

Institut des Civilisations du Bassin Méditerranéen et du Moyen-Orient

Jeudi 29 septembre 2005            LA France et l’Orient de François Ier à nos jours

(Hazem El Shafei)

 

 

 

 

Creuset et melting-pot, ligne de séparation et trait d’union, le bassin méditerranéen a vu d’innombrables civilisations se mêler et se superposer, en un brassage continu. Histoire houleuse, faite de conflits et de contacts, de passion et de haine, de guerres et de paix.

 

A l’époque des Croisades, le monde est divisé en trois parties : islam, empire byzantin et Occident chrétien. Venant de la « terre des Francs », les croisés dresseront des échelles sur les rivages de l’Orient. Exactions, cruauté, barbarie, obscurantisme, fanatisme ne parviendront cependant pas à stopper un mouvement inéluctable et irréversible, fait de contacts et d’échanges entre deux mondes que tout semblait opposer mais qui allaient – avec stupeur - se découvrir complémentaires.

 

C’est au XVIe siècle que les circonstances stratégiques et politiques ouvriront un nouveau chapitre de l’éternelle « histoire d’amour » franco-orientale.

 

A la mort de Maximilien d’Autriche, Charles Ier d’Espagne et François Ier prétendent tous deux à sa succession mais c’est Charles qui sera choisi en 1519. Dès le début de son règne, ses ambitions territoriales sont une menace sérieuse pour le royaume de France, car l’empereur entend reprendre les régions ayant autrefois fait partie de l’empire (Picardie, Bourgogne, Dauphiné, Provence).

 

Dans maints combats malheureux et après le désastreux traité de Madrid, François Ier avait pu prendre la mesure de son adversaire et cherche donc des alliés : Soliman le Magnifique, Henri VIII, les princes protestants allemands.

 

De son côté, Soliman le Magnifique, après avoir ajouté à l’empire ottoman une partie de la Hongrie et Rhodes, assiège Vienne. L’occasion est trop belle pour François Ier et Soliman pour ne pas conclure une ligue offensive et défensive contre Charles-Quint ainsi que divers traités (connus sous le nom de « capitulations ») destinés notamment à faciliter les échanges commerciaux.

 

Si Gênes et Amalfi avaient obtenu très anciennement des concessions particulières locales, c’est donc le royaume de France qui, le premier, obtient en 1535 une « capitulation » de caractère général. Si cette alliance fit scandale dans le monde chrétien, elle est cependant extrêmement importante au point de vue de l’histoire du droit international. En effet, cette capitulation est la base de toutes celles qui suivront. La France en obtiendra douze entre 1535 et 1740, date de la dernière capitulation qui restera en vigueur jusqu’au début du XXe siècle. Si les sujets des autres nations ne pouvaient d’abord naviguer et commercer dans le Levant que sous la bannière de la France, les divers États de l’Europe entreront bientôt en relations directes avec la Sublime Porte.

 

Conquérants, marchands, aventuriers tracèrent de nouvelles frontières dans ce monde méditerranéen et oriental, l’Orient étant devenu pour la France un « Nouveau Monde au cœur de l’Ancien Monde ».

Puis vint Bonaparte, accompagné d’une cohorte d’explorateurs, de savants, d’archéologues et de diplomates qui jetteront les bases solides, voire quasi-éternelles des relations franco-orientales, faites de passion et d’amour réciproque!!

 

Ainsi, pourquoi s’étonner de voir la France très appréciée en Orient ? Est-ce le bassin méditerranéen, trait d’union éternel ? Ou la « magie » de l’Orient ? Nul ne saurait le dire. Mais à quoi bon toutes ces interrogations ? Pourquoi chercher à expliquer l’inexplicable ? Contentons-nous d’apprécier ce qui est…..